Point de vue

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Ma vie sur instagram

Par Ryvka Adda

.Pourquoi j’aime me prendre en photos : analyse et déconstruction d’une démarche  égocentrique à visée thérapeutique… 

Ou en quoi capturer ce que je porte tous les jours m’aide à garder la mémoire.

Petite question de culture générale : qu’est-ce que l’hippocampe ? 

C’est la région du cerveau qui traite la mémoire épisodique à court et à long terme. Le  cerveau réalise un travail : dès lors que l’on pense à un souvenir, celui-ci s’accorde avec le  contexte dans lequel on y pense. Cela le transforme au fil du temps, ne conservant que les  éléments essentiels et en omettant la richesse du contexte initial.

D’où notre capacité à se  remémorer avec nostalgie un souvenir qui ne fut pas particulièrement heureux lorsque vécu.

Un processus similaire se produit lorsque je me prends en photo ; j’enregistre un moment de  ma vie, heureux ou non, je l’incarne en la tenue que je porte pour figer ainsi l’instant. Je le  fige pour ne pas l’oublier mais je suis consciente de la transformation qui va s’opérer dans  ma mémoire.

Exemplairement, lors du premier confinement en mars 2020, je me faisais foi  chaque matin de composer une nouvelle tenue dans laquelle je me sentirais bien, pour me  prendre en photo, chaque jour, au même endroit, dans la même position.

Petite question de culture générale : qu’est-ce que l’hippocampe ? 

C’est la région du cerveau qui traite la mémoire épisodique à court et à long terme. Le  cerveau réalise un travail : dès lors que l’on pense à un souvenir, celui-ci s’accorde avec le  contexte dans lequel on y pense. Cela le transforme au fil du temps, ne conservant que les  éléments essentiels et en omettant la richesse du contexte initial.D’où notre capacité à se  remémorer avec nostalgie un souvenir qui ne fut pas particulièrement heureux lorsque vécu.

Un processus similaire se produit lorsque je me prends en photo ; j’enregistre un moment de  ma vie, heureux ou non, je l’incarne en la tenue que je porte pour figer ainsi l’instant. Je le  fige pour ne pas l’oublier mais je suis consciente de la transformation qui va s’opérer dans  ma mémoire.

Exemplairement, lors du premier confinement en mars 2020, je me faisais foi  chaque matin de composer une nouvelle tenue dans laquelle je me sentirais bien, pour me  prendre en photo, chaque jour, au même endroit, dans la même position.

Et comme par magie,

 les mois défilent et une nostalgie m’emplit lorsque je regarde lesdites  photos ; alors bien que pour rien au monde je ne revivrais ces moments difficiles  d’isolement, d’incertitude et surtout de deuil. Mais finalement, ne serait-ce pas ça  l’Homme ? Une amnésie perpétuelle de la douleur physique et morale ? Une capacité innée  à oublier ce qui nous a fait souffrir. Pourquoi est-ce qu’on retourne dans les bras d’un ancien amoureux ? Pourquoi est-ce que l’on accepte les quelques verres de trop que l’on regrettera  le lendemain ? Alors que l’on s’était juré que « plus jamais ».

Parce que c’est dans notre  nature d’oublier la souffrance telle que ressentie sur l’instant ; même si la cause demeure  dans la mémoire, amoindrie par le temps qui lui est passé dessus. Sans cela, l’on aurait peur  de tout et l’on ne se lèverait plus de son lit le matin. On dit de la mémoire qu’elle est  sélective ; c’est bien notre chance. 

C’est ce qui me motive lorsque je me prends en photos, que je capture les tenues que j’ai  aimées :

par obsession de la mémoire et par prévision. Quoi qu’il soit arrivé ce jour-là, le  temps passera et transformera ce souvenir afin qu’il devienne « encaissable ».

Mon sentiment n’est pourtant pas toujours le même lorsque je constate le nombre  improbable de photos de moi parmi l’ensemble ; de selfies dans des miroirs (ou n’importe  quelle autre surface réfléchissante), de zooms sur cet assortiment parfait de couleurs et  d’imprimés entre mon t-shirt, ma chemise à moitié ouverte, ma veste, mon jean et la anse  de mon sac à main (CC.), etc.

Je suis parfois hésitante quant à leur intérêt final ; mais le plus  souvent je suis ravie d’avoir tant de souvenirs, de pouvoir retracer chronologiquement  l’évolution des dernières semaines, derniers mois, dernières années ; de retomber sur cette  tenue trop chouette que je n’avais pas eu l’idée de recréer depuis octobre 2019 ; ou encore  sur celle que j’avais portée pour déjeuner avec une amie que je n’avais pas vue depuis  longtemps et à qui je devrais envoyer un message pour prendre des nouvelles ; ou alors  cette photo prise dans le miroir du restaurant où je m’apprêtais à rejoindre un amoureux  pour un premier rendez-vous angoissant; ou bien celle prise dans la cabine d’essayage de ma  friperie préférée, le sourire aux lèvres parce que je venais de tomber sur la perle rare dans le bac à 1€.

C’est ce qui me motive lorsque je me prends en photos, que je capture les tenues que j’ai aimées :

par obsession de la mémoire et par prévision. Quoi qu’il soit arrivé ce jour-là, le  temps passera et transformera ce souvenir afin qu’il devienne « encaissable ».

Mon sentiment n’est pourtant pas toujours le même lorsque je constate le nombre  improbable de photos de moi parmi l’ensemble ; de selfies dans des miroirs (ou n’importe  quelle autre surface réfléchissante), de zooms sur cet assortiment parfait de couleurs et  d’imprimés entre mon t-shirt, ma chemise à moitié ouverte, ma veste, mon jean et la anse  de mon sac à main (CC.), etc.

Je suis parfois hésitante quant à leur intérêt final ; mais le plus  souvent je suis ravie d’avoir tant de souvenirs, de pouvoir retracer chronologiquement  l’évolution des dernières semaines, derniers mois, dernières années ; de retomber sur cette  tenue trop chouette que je n’avais pas eu l’idée de recréer depuis octobre 2019 ; ou encore  sur celle que j’avais portée pour déjeuner avec une amie que je n’avais pas vue depuis  longtemps et à qui je devrais envoyer un message pour prendre des nouvelles ; ou alors  cette photo prise dans le miroir du restaurant où je m’apprêtais à rejoindre un amoureux  pour un premier rendez-vous angoissant; ou bien celle prise dans la cabine d’essayage de ma  friperie préférée, le sourire aux lèvres parce que je venais de tomber sur la perle rare dans le bac à 1€.

Et puis il y a ces silences dans les photos, qui en disent long.

Comme cette semaine paradisiaque au soleil où je n’ai pas eu un semblant d’occasion ou d’instinct pour capturer  mes looks, car trop occupée ou car n’en voyant pas l’intérêt. Ou plutôt comme ce temps de chagrin qui semblait insurmontable, endeuillée, pendant le confinement ; trop anéantie  pour prendre la pause habituelle devant le miroir comme chaque matin. Une habitude  finalement reprise parce que je décidai que je voulais me souvenir de ces moments, même des pires.

Et puis il y a les moments où je sais pertinemment que je vis un souvenir mémorable, non  pas exceptionnel mais marquant, qui a posteriori m’emplirait de cette nostalgie dont j’aime  me délecter. Alors je prends mille photos ; de cette salade de tomates multicolores  parsemée de basilic frais que nous coupions pour préparer un dîner entre amis ; du poisson  qui cuit dans le four, du tiramisu fait plus tôt qui trône dans le frigo, de la disposition des  plats au centre de la table, du ciel en cette jolie soirée, de la tenue que j’avais  soigneusement choisie … de tout ce que je peux photographier avant que tout le monde  n’arrive et que j’oublie totalement mon téléphone. Un simple coup d’œil à cette salade de  tomates, quelques semaines plus tard, et j’y retourne, je savoure ce que ce souvenir  m’apporte, la manière dont il m’emplit de reconnaissance, de bonheur et de nostalgie  heureuse (au risque de me répéter).

Cette impulsion d’immortalisation se fait parfois non pas à contrecœur mais certainement  de façon un peu forcée, comme si je le faisais pour la future moi, en occultant complètement la sensation que je ressentirais en les consultant.

J’ignore si elles me rendront  heureuses ou tristes, je n’y pense même pas, je le fais simplement pour ne pas oublier, pour  ne RIEN oublier. 

Cette impulsion d’immortalisation se fait parfois non pas à contrecœur mais certainement  de façon un peu forcée, comme si je le faisais pour la future moi, en occultant complètement la sensation que je ressentirais en les consultant.

J’ignore si elles me rendront  heureuses ou tristes, je n’y pense même pas, je le fais simplement pour ne pas oublier, pour  ne RIEN oublier. 

Certains se contentent de fortes images mentales et de souvenirs plein la tête ; et c’est très certainement bien suffisant.

Je le fais car je redoute mon propre oubli et que j’aime la  mélancolie du plongeon dans mes vielles photos.

Alors j’en prends, des tas, de tout, de rien,  parfois (souvent), trop, je me dis que je devrais en supprimer mais j’ai du mal car pour moi  rien n’est à trier.

Je sais que sur les six prises de cette photo dans le miroir, je ne peux jeter ni celles où la tenue est parfaitement capturée, ni celles où l’on voit un peu moins bien parce  qu’un rayon de soleil passe par la fenêtre à ce moment-là et qu’il projette une jolie lumière  sur le miroir, qui finalement me met dans l’ombre mais me rappelle que ce jour-là il faisait  beau, ce qui avait rendu mon énième cours en ligne moins désagréable, avec la fenêtre  ouvert et le bruit du printemps.

Alors je les garde toutes, en pensant qu’un jour chacune  d’elle servira son propre but.