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Décryptage tendance

Quand la mode en pince pour le tennis

De plus en plus de marques célèbrent l’univers du tennis. Une tendance boostée par les réseaux sociaux et  une nouvelle génération de joueuses. Décryptage. 

Polos ajustés, jupettes immaculées ,casquettes-visières et boucles d’oreilles en forme de raquettes… Pour sa collection printemps-été 2021, le styliste David Koma célèbre le tennis. Ce sport, le Géorgien installé à Londres l’a beaucoup pratiqué -il a aussi habillé la championne Maria Sharapova.

David Koma n’est pas le seul à emprunter les codes du tennis : dans la mode, l’univers de la petite balle jaune n’en finit pas de gagner du terrain. Comme chez Casablanca, jeune label de luxe lancé par Charaf Tajer. En guise de bio Instagram ? « At the very beginning, the court was wet so we couldn’t play… But now we can ». 

Chez Casablanca, on trouve des vestes et des chemises aux imprimés chatoyants, des t-shirts ou des sweat shirts estampillés « Tennis Club »… Un vestiaire dans l’air du temps, que l’on arbore aussi bien en dehors des courts.

La londonienne Alex Eagle -créatrice du concept store du même nom-, a, elle, lancé le « Alex Eagle Sporting Club ». L’idée, là aussi : célébrer la pratique de sports (dont le tennis, donc) autant que leur lifestyle. Et, pour la marque de fitness Alo, Kendall Jenner prend la pose sur un terrain, jupette plissée et les cheveux lâchés. Cette esthétique tennistique enflamme les réseaux sociaux -Instagram et TikTok en tête-, et porte désormais le nom de #tenniscore. 

Comment expliquer cet engouement ? Historiquement, le tennis est un sport blanc, aristocratique et pas franchement féministe. Mais il semble se démocratiser avec l’arrivée d’une nouvelle génération de joueuses.

Parmi elles : l’Américaine Coco Gauff, 17 ans (et star de « Coco », un film promotionnel signé Casablanca). Ou Naomi Osaka, très suivie sur les réseaux sociaux et ultra-engagée -lors du tournoi de l’US Open 2020, la Japonaise avait arboré des masques anti-covid en hommage aux victimes des violences policières aux Etats-Unis. A 23 ans, la joueuse a déjà conquis le monde de la mode : en janvier dernier, elle a été nommée ambassadrice de Louis Vuitton.

De la génération précédente, Serena Williams est sans doute celle qui a fait le plus « bouger les lignes ». Comme lorsqu’en 2018 à Roland Garros, la championne (23 titres de Grand Chelem) avait arboré une combinaison moulante (Nike). Une tenue qui était allée « trop loin » pour le président de la Fédération Française de Tennis (FFT).

Pour Elodie Nowinski, historienne de la mode et doyenne de la faculté des industries créatives au City of Glasgow College : 

« à la fin des années 1980, avec ses cheveux longs et ses shorts en jean, André Agassi avait cassé les codes vestimentaires classiques. Il avait quelque chose de Camp. Ces dernières années, ce sont les joueuses qui s’affranchissent de la jupette blanche classique : elles sont dans quelque chose de beaucoup plus affirmé. En ce sens, je trouve qu’il y a une dichotomie entre ce que l’on voit sur les courts et cette esthétique glamourisée, sexy et très années 1990 présente sur les réseaux sociaux. » 

Et si, en 2021, c’étaient les joueuses qui remportent le match de l’avant-garde ? 

Cora Delacroix