derrière les portes du

Derrière les portes du ...

salon tranoï

Pour ce troisième numéro de Fashion Gasoil, nous ne vous ouvrons pas les portes d’une maison de couture. Nous avons décidé de vous faire découvrir les coulisses d’un salon de mode,  « le  Tranoï »,  dont Boris Provost est le nouveau Directeur Général. Rencontre avec un professionnel de la mode passionné et passionnant.

par Valérie Tribes, Alice Carle et Caroline Hamelle

Pour les non initiés : qu’est-ce que Tranoï ?

Pour faire simple, c’est un salon de mode qui a été créé en 1989 et qui présente des créateurs à des détaillants. Les boutiques viennent s’y sourcer, s’inspirer, découvrir des marques environ 6 à 9 mois avant qu’elles puissent proposer les produits en boutique et les vendre. C’est le moment où les retailers viennent découvrir et choisir la sélection des marques qu’ils vont proposer à leurs clients en boutique.

Le salon Tranoï n’est ouvert qu’aux professionnels. Les exposants sont des marques de mode, de prêt à porter et d’accessoires, et le public « visiteur » est constitué de détaillants multi marques, d’acheteurs de grands magasins du monde entier.

Notre salon accueille également des journalistes et de plus en plus d’influenceurs, de blogueurs, d’acteurs référents du e-retails et de plateformes de vente de mode pour leur permettre de découvrir les tendances à suivre.

L’identité de chacun est vérifiée, et toute personne « non professionnelle » ne peut, normalement,  pas y entrer mais Tranoi accepte des « laisser-passer » aux personnes périphériques du monde de la mode comme les fans et étudiants en mode de Paris pour leur permettre, eux aussi, de découvrir les nouvelles tendances.

Quelles marques y sont présentées ?

Afin d’être présentes sur le salon, les marques déposent leur candidature sur le site de Tranoï en expliquant en quoi consiste leur marque, en détaillant leur stratégie de développement, leurs concurrents ainsi que l’ADN de leur marque pour comprendre son univers et le public visé.

Une des originalités de Tranoï vis-à-vis d’autres salons est la démarche stylistique : chaque produit est passé « sous crible » par le comité qui se réunit toutes les semaines et qui sélectionne les marques en fonction de leur ADN et de leur transparence vis-à-vis de leur client. Ce dernier point est essentiel, selon Boris Provost, car « le consommateur est de plus en plus éduqué et souhaite dorénavant choisir et comprendre pourquoi il achète une robe présente sur le salon plutôt qu’une autre ».

Avant la crise sanitaire engendrée par le COVID19, dans une interview pour Fashion United, en septembre 2019, Boris Provost remarquait  que le marché était déjà tendu à l’époque et évoquait  « un souci de rentabilité sur la présence des marques ».

Avant la pandémie, le marché du retail était déjà en train de se réorganiser avec l’avènement des plateformes en ligne et d’instagram. Avant, le public venait dans les salons pour découvrir des collections en avant première. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, la majorité des marques communiquent et rendent accessible l’information aux consommateurs.

Boris Provost a toujours pensé que le consommateur influençait le retail. À son sens, aujourd’hui, tout retailer possédant un regard fin, une bonne analyse et une grande sensitivité peut détecter ce que veut le consommateur. Et ceci est d’autant plus vrai aujourd’hui car ,selon lui, les consommateurs sont sur informés. La sélection de marque d’un retailer doit donc être d’autant plus pertinente, argumentée et avec des marques qui possèdent un réel ADN et une réelle histoire. Ce n’est pas tout : pour être présentées sur le salon, les marques doivent également posséder un capital déjà développé car le marché s’est professionnalisé ; Boris Provost se souvient qu’il y a 25 ans, le tissu de la distribution de la mode était formé par des retailers indépendants. Les articles étaient livrés 15 jours après dans de petites boutiques indépendantes, des efforts financiers étaient parfois même acceptés.

Aujourd’hui, quand il s’agit de vendre sur des plateformes comme Sarenza ou le site du Printemps, il faut être bien plus carré dans la production, la livraison, la rentabilité, le niveau de marge : plus rien ne doit être laissé au hasard. Le marché s’est tendu, l’exigence professionnelle et le devoir d’être un bon communiquant, un bon gestionnaire, un connaisseur de la fabrication sont passés avant la créativité et le bon concept de marque.

Boris Provost conseille aux jeunes marques qui se lancent de se souvenir que « parler d’argent n’est pas sale », qu’il faut arrêter de se cacher derrière la création car à un moment, la création doit se vendre afin que le créateur gagne de l’argent et arrive à vendre. S’il manque une compétence au créateur, il doit s’entourer des bonnes personnes afin de permettre le bon amalgame de compétences afin de faire progresser la marque.

Comment Tranoï a-t-il vécu 2020 ?

Tranoï a subi un arrêt complet de son activité : aucun salon n’a pu avoir lieu depuis mars 2020. Il  a donc enduré un vrai manque de visibilité ainsi que des difficultés financières. Mais Tranoi a su se réinventer en profitant de la pandémie pour améliorer sa plateforme digitale : 220 marques peuvent à ce jour être découvertes en avant première sur le site et des options de suivi sont déjà proposées.

Boris Provost croit en l’aire du «phygital », soit la rencontre du physique et du digital. Pendant le confinement, l’équipe de Tranoï a animé la plateforme en l’alimentant de vidéos, comme celles de la Fashion Week en mars dernier où personne ne pouvait venir mais dans laquelle Tranoï est allé à la rencontre des créateurs dans des showrooms afin de filmer ces rencontres et de reporter les vidéos sur le site pour humaniser la plateforme, pour le plus grand plaisir du public.

Comment Tranoi a-t-il vécu 2020 ?

Tranoi a subi un arrêt complet de son activité : aucun salon n’a pu avoir lieu depuis mars 2020. Tranoi a enduré un manque de visibilité ainsi que des difficultés financières et morales. Mais Tranoi a su se réinventer en profitant de la pandémie pour améliorer leur plateforme digitale : 220 marques peuvent à ce jour être découvertes en avant première sur le site et des options de suivi sont déjà proposées.

Boris Provost croit en l’aire du « phygital », soit la rencontre du physique et du digital. Pendant le confinement, l’équipe de Tranoi a animée la plateforme en l’alimentant de vidéos, comme celles de la Fashion Week en mars dernier où personne ne pouvait venir mais dans laquelle Tranoi est allé à la rencontre des créateurs dans des showrooms afin de filmer ces rencontres et de reporter les vidéos sur le site pour humaniser la plateforme, pour le plus grand plaisir du public.

Comment Tranoï voit l’après ?

Tranoï compte développer des modules digitaux afin de pouvoir faire découvrir des collections par Zoom notamment. Boris Provost explique que « quand on fait du physique, on met du digital pour permettre aux marques d’augmenter leur audience et leur visibilité, et quand on est sur le digital en ligne, l’humain est remis au coeur du digital qui incarne la marque ».

En ce qui concerne ses intuitions pour l’avenir, il décèle deux grandes tendances futures qui s’opposent : la première est un lâcher prise à la surconsommation, un oubli de la responsabilité à cause de la frénésie du shopping comme ce qui est en train de se passer aux Etats-unis. En France, Boris Provost pense que la consommation sera plus raisonnée et raisonnable autant pour l’entrée de gamme que le haut de gamme. De plus, il remarque que la responsabilité est dorénavant dans l’ADN des nouvelles marques qui émergent. Après l’aire du greenwashing, il décèle une réelle volonté de l’engagement des nouvelles et des plus vieilles marques. Ces dernières se mobilisent afin de créer un cahier des charges prônant le renouveau pour faire face aux nouvelles marques dont l’upcycling et les matières recyclées par exemple font partie de leur ADN.

Concernant les Fashion Weeks, la consommation conduit leur rythme. Une chose est sûre, en ce qui concerne le business travel, les visiteurs voyageront moins et prépareront mieux leur voyage en choisissant de prendre plutôt le train que l’avion quand c’est possible par exemple.

L’avenir de Tranoï sur le court terme ?

Après 16 mois d’arrêt, le premier salon Tranoï de 2021 s’est tenu les 25, 26 et 27 juin aux Palais de Tokyo. Ce salon s’est réalisé en partenariat avec la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Pour cette Fashion week homme, le salon s’est voulu de présenter un vestiaire masculin créatif et jeune.

Du 30 septembre au 3 octobre prochain, la Fashion Week femme aura également lieu au Palais de Tokyo ainsi qu’au Palais de la Bourse. Tranoï espère réanimer et réenchanter le marché avec l’espoir que des italiens seront présents en septembre et que les chinois et japonais reviendront d’ici 2022.

Objectifs pour les 5 ans à venir ?

Le premier objectif est de prendre du plaisir après ces longs mois d’attente. Tranoï souhaite retrouver une place incontournable dans les salons de la mode en représentant un outil de destination et de découverte pour tous les professionnels. De plus, Tranoï a pour projet de développer davantage la fonctionnalité de la plateforme pour mélanger business et émotions. Enfin, Tranoï souhaite depuis longtemps s’élargir à l’international. Dans ce sens, le projet de salon à Shanghai est maintenu et Boris Provost espère que Tranoi sera présent pour la Fashion week de 2022. Par la suite, le salon souhaite également se concentrer sur sa réputation et sa présence en Asie avant tout.

Rendez-vous en octobre afin de découvrir les coulisses du prochain salon Tranoï qui se tiendra du 30 septembre au 3 octobre 2021  à l’occasion de la Fashion week femme. À suivre sur @fashiongasoil et fashiongasoil.com : stories enchanteresses et découverte du salon en avant-première  vous attendent.

Les coups de cœur de la rédaction du dernier opus de Tranoï

Le salon Tranoï qui s’est invité pour la première fois au Palais de Tokyo, a proposé pendant trois jours une sélection très hétéroclite de 22 marques (homme et pré-collections femme) ciblant la jeune création. Leur point commun ? Un vrai ADN qui garantit un bel avenir à la plupart de ces jeunes créateurs. Tous et toutes soutiennent une mode écoresponsable et engagée, mais aussi non genrée à l’instar de Steven Passaro ou encore Mouty qui font partie de nos coups de cœur.

Mouty, une histoire de famille

Fondée en octobre 2018, MOUTY s’impose lentement mais sûrement sur le devant de la scène de la mode contemporaine. Opérant depuis Paris, la marque présente une nouvelle mode masculine contemporaine. Les fondateurs de MOUTY, Bertille et Thomas, forge leur inspiration dans le cool des années 1970 mais aussi au travers de leurs voyages. On a adoré leurs vêtements très cool et colorés à l’image de leurs créateurs. Les vêtements de la marque proviennent d’usines choisies pour leur savoir-faire, mais aussi pour leur valeur écoresponsable.

https://mouty-paris.com

Steven Passaro, bouscule le costume traditionnel

Steven Passaro a étudié la scénographie à l’école Duperré à Paris, avant de se consacrer à la mode masculine en étudiant au London College of Fashion. Il a ensuite fondé sa marque éponyme en 2019. Jouant entre les genres, Steven a donné naissance à une collection qui bouscule le costume traditionnel pour homme. Pensés gender-fluid, les vêtements du jeune créateur est un joyeux mélange des genres :  pièces asymétriques, pantalons jupe-culotte, vestes tailleurs à soufflets. Steven Passaro développe ses collections sans toiles grâce au prototypage digital 3D. Ce dernier permet de créer les patronages et visualiser sur avatar les pièces avant de fabriquer les prototypes ce qui produit moins de déchets de tissus. 

 https://www.stevenpassaro.com

Emergency Room l’histoire d’une communauté

Lancée en 2018, EMERGENCY ROOM est une marque basée à Beyrouth, au Liban. La marque se concentre sur la création de pièces uniques, souvent up-cyclées, et dédiée au développement de processus de production éthiques et respectueux de l’environnement. Son créateur a lancé un véritable à la résistance : résistance par le processus, résistance par le travail, résistance par l’art, résistance par le fait de rester debout. Il s’approvisionne dans les souks de Tripoli. Il a réuni une équipe de couturières à peine qualifiées et a choisi de les former, leur apprenant tout ce qu’il savait sur la confection de vêtements… Le résultat final est une collection de pièces uniques, un patchwork de matériaux, de couleurs et d’imprimés, incarnant la représentation d’une société éclectique, un mélange de cultures, de caractères et d’identités le tout avec pour seul mantra : la solidarité.

https://emergencyroombeirut.com

 

Emergency Room l’histoire d’une communauté

Lancée en 2018, EMERGENCY ROOM est une marque basée à Beyrouth, au Liban. La marque se concentre sur la création de pièces uniques, souvent up-cyclées, et dédiée au développement de processus de production éthiques et respectueux de l’environnement. Son créateur a lancé un véritable à la résistance : résistance par le processus, résistance par le travail, résistance par l’art, résistance par le fait de rester debout. Il s’approvisionne dans les souks de Tripoli. Il a réuni une équipe de couturières à peine qualifiées et a choisi de les former, leur apprenant tout ce qu’il savait sur la confection de vêtements… Le résultat final est une collection de pièces uniques, un patchwork de matériaux, de couleurs et d’imprimés, incarnant la représentation d’une société éclectique, un mélange de cultures, de caractères et d’identités le tout avec pour seul mantra : la solidarité.

https://emergencyroombeirut.com

 

Les Piscines, une histoire de rafinement

Cangyue est chinoise, a étudié la mode aux États-Unis et s’est installée à Paris pour créer sa marque Les Piscines une marque de vêtements pour les femmes. Nous avons craqué sur cette toute jeune marque encore inconnue mais fort prometteuse. Canguye a créé un vestiaire « portable » avec un sens aigu des finitions et des matières. Sa collection est un équilibre parfait entre style et confort, décontraction et sophistication. Mention spéciale pour les jupes en coton de soie. À suivre de très près.

https://www.lespiscinesofficial.com

Vincent Schoepfer

Et enfin, last but not least… celui qui a emporté l’unanimité n’est pas une créateur de vêtements mais un artiste céramiste. Vincent Schoepfer  a été directeur créatif dans la mode masculine pendant plus de 20 ans. En 2019, il décide d’explorer de nouveaux moyens d’expression artistique et de retrouver le travail de la main en sicile où il apprend la céramique. Et le résultat est merveilleux ! Il façonne et sculpte des têtes qui reprennent les codes des grandes marques de luxe et rend hommage à des grandes figures de la mode à l’instar de Sonia Rykiel. Sublime !