décryptage chaussure

Décryptage Chaussure

La friulane

Chers amis de la godasse, bienvenue dans ce troisième opus de mon décryptage chaussure.

Avant de laisser vos pieds se prélasser sur les plages de sables fins, je tenais à vous parler de ce soulier qui, depuis quelques saisons, fait une entrée foudroyante dans le monde de la Mode.

Ce chausson italien, tout de velours vêtu, fait concurrence à notre ballerine chérie, décryptée dans le numéro précédent.

La friulane, furlane ou papusse (prononcé papoussé et je vous vois venir… aucun jeu de mots ne sera toléré) est elle aussi bien plate, bien molle et bien confortable.

Originaires de la région du Frioul, au nord-est de l’Italie, ces tatanes étaient confectionnées à la main par les femmes qui réemployaient des chutes de tissus et les teignaient pour confectionner la tige (le dessus de la chaussure) de ces chaussons. La semelle était constituée de restes de tissus assemblés en couches successives et plus tard, des pneus de bicyclettes usagés les remplacèrent pour apporter de la solidité à ces « papusse ».

Teintes de façon naturelle, les tiges pouvaient aller jusqu’à 5 couleurs : le beige était obtenu grâce aux noix, le vert grâce au genévrier, le bleu grâce au frêne, le bordeaux grâce aux oignons et enfin le violet grâce aux myrtilles.

Le velours était destiné aux grandes occasions et la toile à un usage quotidien.

Le velours noir était considéré comme un luxe. On dit même que les jeunes amoureuses en confectionnaient elles-mêmes une paire pour l’élu de leur cœur.

Sur cette tige en velours ou en toile, on retrouve un bord anglais en gros grain, comme sur la ballerine, mais cette fois, on le retrouve aussi en piping sur le bas de la tige pour empêcher le tissu de filer et lui permettre d’être cousue sur la semelle proprement grâce à une couture appelée « striga » en italien.  La tige est préalablement assemblée à la première de montage (la semelle intérieure) afin d’apporter plus de confort et de résistance à ce soulier si délicat.

Au XVIIIème siècle l’aristocratie italienne aimait se promener dans ses salons avec ses chaussons qui, sans bruit, se posaient sur le parquet tout en gardant l’allure d’une chaussure des grands soirs.

Les « furlanes » se retrouvèrent aussi rapidement aux pieds des « gondolieri » de Venise, qui grâce aux semelles en pneus, ne glissaient pas sur le bois mouillé de leurs barques. On retrouve d’ailleurs parfois, sur les découpes des décolletés, une pointe qui rappelle les coques des gondoles. 

Ce que je trouve touchant et irrésistiblement authentique dans les « papusse » c’est les coutures en désordre, pas très droites, sur la semelle d’usure (semelle extérieure). Elles forment comme un labyrinthe sur le caoutchouc. Cela rappelle les mains et les aiguilles, de toutes ces femmes qui les ont confectionnées à la main pour leurs familles, rassemblant les restes pour les chausser convenablement. 

ePour moi, le velours coloré donne vraiment ce petit plus, ce chic à l’italienne, ce « je suis en chausson mais en réalité, je suis Giorgio Armani ».

C’est un peu le choix parfait pour une ambiance « Confinés/Déconfinées », non ?

Et si nous aussi, on utilisait des restes de tissus et de pneus pour les confectionner ?

J’adorerais aussi voir une marque utiliser des teintures naturelles pour ses chutes de tissus et nous présenter une gamme 100% recyclée. 

À vos « furlanes », prêts, feu, partez !

Bel été,

par Gabrielle Beau